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>>> Fouilles et recherches à l’Incoronata

Incoronata


Incoronata

Vue aérienne des fouilles de l’équipe du LAHM à l’Incoronata


Le site de l’Incoronata se situe en Italie du Sud, près de la côte ionienne, dans le golfe de Tarente, dans l’actuelle région de la Basilicate. Il se trouve sur une basse colline alluviale, située sur la rive droite du fleuve Basento, à quelques 7 km de la mer.


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Planimétrie de la colline de l’Incoronata et situation en Italie méridionale (© Equipe Incoronata LAHM)


La colline de l’Incoronata, qui fait l’objet depuis le début des années 1970 de nombreuses investigations archéologiques, est fouillée plus particulièrement par une équipe du LAHM dirigée par Mario Denti depuis 2002. Alors que les interprétations précédentes, fortement teintées d’hellénocentrisme, prévoyaient une occupation domestique irrémédiablement divisée en un établissement indigène timide au VIIIe siècle av. J.-C. et en un emporion grec pendant les trois premiers quarts du VIIe siècle av. J.-C., les données acquises dans les 10 dernières années offrent un tableau tout à fait différent.
On peut aujourd’hui décomposer l’occupation de la partie occidentale de la colline de la façon suivante : exclusivement indigène (Œnôtre) au VIIIe siècle, grecque et indigène pendant la première moitié du VIIe, et enfin exclusivement grecque dans le dernier quart du même siècle.

Dès le début du VIIIe et jusque la fin du VIIe siècle av. J.-C., ont été reconnus sur la partie sud-occidentale de la colline au moins deux moments d’occupation exclusivement indigènes. A chacun de ces moments correspond la mise en place d’un sol de haute qualité technique, réalisé avec de petits cailloux, quelques tessons céramiques et os longs à plat dans une terre très tassée. La nature de ces occupations indigènes est encore difficile à définir à l’heure actuelle, mais il a été possible de discerner de nombreux et non négligeables aspects rituels. Dans un moment proche de la fin du VIIIe siècle av. J.-C., le premier sol est recouvert, oblitéré – et en même temps protégé – tandis que cet aménagement sert également de substruction à la construction du second sol, d’encore plus haute qualité, dont il faut situer la mise en place à la fin du VIIIe siècle av. J.-C.

Prend place ensuite pendant la première moitié du VIIe siècle av. J.-C. une phase de production artisanale qui voit cohabiter une production céramique grecque et une production céramique indigène, et donc des artisans grecs et des artisans indigènes, partageant fort probablement, dans des modalités encore à définir, des espaces, des structures, des outils et des savoir-faire liés au travail de l’argile et à la réalisation des vases.

Dans la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C., les structures artisanales sont abandonnées, oblitérées, recouvertes, la zone entière « nettoyée » et les restes matériels de l’activité artisanale rejetés, tandis que le sol de la fin du VIIIe siècle av. J.-C., qui devait être encore visible, est méticuleusement recouvert, dans des modalités proches de celles identifiées pour le sol plus ancien, d’abord par une couche de galets moyens, puis une importante strate de terre cendreuse littéralement « farcie » de tessons céramiques pertinents à toutes les phases d’occupation de la colline.


Incoronata

Vue du secteur 1 de l’Incoronata : au plan intermédiaire, le sol le plus ancien (US70), puis strates d’oblitération le recouvrant, et servant de substruction au sol plus récent (US38) ; les strates d’oblitération de ce dernier sont à peine visibles au dernier plan, tandis que la zone artisanale se trouve vers la droite, soit vers le nord (© M. Denti)


Aux alentours de la fin du VIIe siècle av. J.-C. est opérée sur une grande partie nord-occidentale de la colline toute une série de creusements quadrangulaires, coupant stratigraphiquement et ponctuellement les structures des phases précédentes. A l’intérieur de ces encaissements, une impressionnante quantité de céramique, en majorité grecque et très ponctuellement indigène, liée au transport, au service et à la consommation des liquides, et généralement entièrement reconstructible ; cette céramique est mélangée dans une terre contenant des pierres, des briques cuites, de la faune et de la malaco-faune, et quelques éléments métalliques miniaturistes. Plus essentiel encore, la fouille minutieuse de l’un de ces dépôts par l’équipe de fouille et de recherche du LAHM a permis de reconnaître dans la mise en place dudit dépôt une série de gestes rituels cohérents ; cette interprétation en sens rituel se voit confirmée ponctuellement par les dernières découvertes, avec notamment la mise au jour dans un secteur proche de la zone artisanale d’un pied d’amphore retourné et percé, posé sur la terre afin d’accomplir des libations aux divinités chtoniennes.

On voit donc ici que les récentes et importantes découvertes et recherches à l’Incoronata par l’équipe du LAHM font de cette colline un enjeu nodal dans la procédure de compréhension et de caractérisation des contacts qui se mettent en place entre grecs et non-grecs dans le monde méditerranéen archaïque, ainsi qu’une étape fondamentale dans l’amélioration des connaissances sur les fonctionnements autonomes des sociétés indigènes de l’âge du Fer et des communautés grecques de l’époque proto-coloniale.

Ce chantier, qui fonctionne comme un chantier-école, permet chaque année à des étudiants de Master et des doctorants de l’Université Rennes 2 d’acquérir et d’expérimenter des outils et des techniques liés à la fouille, ainsi que des méthodes de recherche et de réflexion scientifique pour l’archéologie ; il accueille par ailleurs chaque année des étudiants comme des spécialistes provenant de divers instituts et pôles universitaires français et européens.

Clément Bellamy,
Doctorant contractuel en Archéologie, Chargé d’Enseignement, Univ. Rennes 2, LAHM, UMR 6566.




Mots-clés

Incoronata, Fouilles, Chantiers, Italie, Céramique