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VILLETTE Mathilde

Mathilde Villette, doctorante LAHM, ATV Rennes 2
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Titre de la thèse :
Espaces artisanaux et modes de production de la céramique aux époques proto-archaïques et archaïques (VIIIe-VIe s. av. J.-C.) le long de la mer ionienne (Italie méridionale).

Début de la thèse : Inscription en Novembre 2008

Directeur de thèse : Mario Denti (Rennes 2) et Massimo Osanna (Università degli studi della Basilicata)

Tutorat : Co-tutelle de thèse avec l’Università degli studi della Basilicata

Résumé :

L’ambition de cette thèse est ainsi de mettre en évidence les ateliers de production de céramiques en tant que zone artisanale en revenant sur les fouilles anciennes et en y intégrant les récentes. Il s’agit de les répertorier et les caractériser afin d’en dégager les modalités de production.

L’intérêt est porté en premier lieu sur le four, élément essentiel de la chaîne opératoire relative à la conception d’une céramique. De revenir sur sa typologie mais également d’aller plus loin en s’attardant sur un questionnement autour de leur structure par l’étude des vestiges eux-mêmes : leur conception interne, leur construction, la présence ou non d’une voute, élément souvent absente des fouilles.

Au-delà du four, ce projet a la volonté de s’intéresser de manière plus large aux ateliers dans leur organisation spatiale. Il s’agit de comprendre et d’identifier les différents faits intervenant dans l’élaboration des céramiques, afin de pouvoir restituer les différents éléments de la production et d’en comprendre les gestes.

Une attention particulière est donc réservée aux structures et à leur agencement : fosses de décantation d’argile, carrières d’extraction, zones de combustion, dépotoirs et toute autre architecture pouvant intervenir dans l’organisation de la production. De même, tous les outils « annexes » tels que les silex ou les galets seront examinés dans la mesure du possible.

Enfin, grâce à la présence de rebus de cuisson ou à l’étude précise des classes céramiques issues des différents sites sur lesquels une officine a pu être identifiée, on tentera de mettre en relation une structure de combustion avec son type de production.

On s’attardera de plus sur le choix « politique », économique, commercial, géographique ou géologique du lieu d’implantation de ces officines.

En dernier lieu, le problème de la diffusion des céramiques depuis un atelier jusqu’à son site d’utilisation (ou de consommation) est abordé, avec toutes les limites méthodologiques et pratiques que cela engendre (difficultés d’accès aux données et au matériel, absence de lien chronologique et stratigraphique entre atelier et sites alentours).

L’intérêt du choix du cadre chronologique permet à la fois de sortir des études habituelles sur la production de céramique grecque aux époques plus récentes et, de surcroît, de porter un regard nouveau sur cette période charnière entre monde indigène de l’age du Fer et l’arrivée des premières communautés grecques en Italie du Sud, amorce du premier chapitre du phénomène historique que l’on connaît sous le terme de Grande-Grèce.

Dans cette optique, on prendra donc en compte à la fois les productions indigènes et leur savoir-faire et, d’autre part, les productions de céramique grecque archaïque. L’objectif étant de confronter les modes de production et d’entrevoir ou non des interactions. On verra également de manière plus précise les relations entre importation et production locale de céramique grecque, comme bien attesté dans différents sites d’Italie méridionale.

Pour cela cette thèse s’appuie essentiellement sur deux sites pour lesquels l’étude du matériel lié à un espace artisanal reste inédite : L’Incoronata et Tarente, où divers contextes liés à une production céramique ont été mis au jour. L’Incoronata de Pisticci (Basilicate) fait l’objet d’investigations de la part de l’Université de Rennes 2 depuis 2002. Sur ce site a été découvert un atelier de production de céramique, actuellement toujours en cours de fouilles, et qu’il reste encore à appréhender dans sa complexité, due à une occupation intense du site à travers le temps. Le site couvre une large période, de la fin du IXe s. av. J.-C. au milieu du VIIe s. av. J.-C. englobant une occupation indigène Oenôtre et la présence de céramique grecque produite sur place, qui révèle par conséquence la présence d’artisans venus eux-mêmes de la patrie mère.

A Tarente (Pouilles), il s’agit de plusieurs contextes mis en évidence lors de fouilles de sauvetage, durant des travaux urbains, dans la ville d’aujourd’hui, très densément habitée. Ces divers sites sont inégaux dans leur documentation mais ils ont fourni plusieurs indices sur l’organisation de la production de la céramique dans l’antique Tarente à différents moments de la période archaïque.

En troisième site, celui de Siris sur la commune actuelle de Policoro (Basilicate) fera également l’objet d’une étude approfondie du matériel, étude qui fut par ailleurs partiellement entamée en 2009. Il s’agit d’un site très semblable à celui de l’Incoronata pour la période archaïque, et sur lequel ont été mis au jour de nombreux restes de production de céramique.

Les autres sites, situés autour de la mer ionienne et ayant livré des traces de production céramique, sont aussi intégrés au corpus : L’Amastuola, Métaponte, Sibaris, Locres, Crotone, Sibaris etc. et confrontés aux sites de l’intérieur des terres (Satriano) ou d’autres contextes (Monte Castello), de la Sicile (Naxos, Gela) et de Grèce même (Athènes).

Cette recherche a la volonté de revenir sur un autre aspect de la production, à savoir la destination des céramiques selon la période évaluée puisque l’on constate des différences en matière de productivité. On passe de quelques vases dans de petits ou moyens fours à une véritable production « industrielle » à l’époque hellénistique et peut-être un déplacement des ateliers.

Ainsi, cette thèse s’appuie sur plusieurs types de documentation et divers volets méthodologiques relatifs à l’archéologie : à savoir, l’étude du matériel céramique, l’analyse des fours, l’étude des contextes et de la documentation de fouille. Les données des fouilles anciennes comme les plus récentes seront en outre intégrées au corpus et à l’étude, à titre de comparaison et de référence.

La méthode de l’archéomagnétisme, grâce à l’intervention du spécialiste Philippe Lanos et sa collaboration, est aussi utilisée afin de caractériser les structures de combustions relatives à la cuisson de la céramique, retrouvées à l’Incoronata.

L’aspect des provenances sera traité grâce à une étude macroscopique, pétrographique, physique et chimique des pâtes céramiques provenant de l’Incoronata, dans le cadre d’une collaboration avec une archéomètre locale et le CNR de Potenza. Ce travail consistera en la mise en place d’une vaste base de donnée régionale sur la caractérisation des argiles de Basilicate, suivant différentes classes céramiques. Cette étude sera réalisée à partir d’un échantillonnage restreint composé des argiles naturelles locales et des rejets de cuisson des différentes classes céramiques issues d’une même unité stratigraphique liée à la zone artisanale.

Enfin, les sources anciennes et l’iconographie existante sur cet artisanat seront analysées afin d’enrichir la compréhension de tous les aspects de la production céramique aux époques archaïques et proto-archaïques en Italie du Sud. On se basera de surcroît sur les données ethnologiques qui fournissent une bonne image, et la réponse à de nombreuses interrogations, quant aux savoirs-faire artisanaux des potiers.

Cette thèse apportera donc un renouveau dans la connaissance, tout d’abord, de la production de la céramique en Grande-Grèce : par qui, pour qui, selon quelles modalités ? De manière plus large, elle contribuera à la compréhension des phénomènes de contacts entre Grecs et indigènes en Italie.